Club allié au Yacht Club de France

Le couteau entre les dents...

Une deauvillaise autour du monde

Dominique Weber

La Clipper Race Round the World en détails :

www.clipperroundtheworld.com

Premier quart de nuit : 2h00 - 8h00

Très occupé. Le vent n’a cessé de monter. Changement de focs, prise de ris... le tout dans le noir à 45 degrés. Même avec les genouillères, c’est pénible !

Puis les deux dernières heures à la barre. Qindao était à 2 miles, ils sont à 500 mètres. Au quart suivant de finir le boulot.

Nous avons changé les équipes pour cette nouvelle course. J’ai gagné au change. Moins d’anglais...

Même avec les orages et le ciel couvert, il fait toujours aussi chaud et nous avons recommencé à vivre trempés de sueur. Nos rêves repartent vers la douche. Nous apprenons à aimer les choses simples. La mer est à 30 degrés.... nous filons vers Cuba à plus de 8 nœuds.

La journée se passe à taper dans les vagues et les bleus commencent à apparaître. Nous ne quittons plus nos genouillères !

Quart de nuit : enfin quelques étoiles ! Le plancton s’illumine à notre passage, c’est superbe. Mais 6h de quart perchée en haut du bateau à taper dans les vagues, c’est l’enfer. Heureusement que je suis à la barre de temps en temps...

Plus une couchette de libre... il y a pas mal de malades.

Nous avons 20/25 nœuds de vent et demain matin je suis de cuisine à 6h00 pour 24h.

 

24h ultra pénibles

Suis restée en cuisine de 6h00 à 22h30. C’est beaucoup plus long de cuisiner à 45 degrés. Nos équipets étant fermés par des élastiques, les objets ont une fâcheuse tendance à voler. Y compris les conserves, ce qui est potentiellement dangereux. Il a donc fallu que l’un d’entre nous se mangent 4 boîtes dans les jambes pour que l’on change le chargement...

Hier soir, j’étais épuisée, plus vraiment le moral, d’autant qu’on se traîne en fin de course. Du coup Nikki notre skipper fait la tête mais ce sont ses choix et elle ne les partage avec personne...

Bref, après cette journée en cuisine, il a fallu trouver une couchette. Nous avons quelques malades et la couchette du cuisinier prend l’eau à la gîte et est inutilisable. Chaque grosse vague envoie 2 litres d’eau sur la tête car les équipets de remplissent...

On a donc déménagé des sacs pour me mettre dans une des couchettes du milieu. Malheureusement l’inclinaison de la couchette est cassé. C’est pour cela qu'on y met des sacs... la première partie de la nuit, j’étais calée mais après le virement de bord, chaque vague menaçait de me jeter en bas (c’est une couchette supérieure). J’ai passé la nuit comme un singe accrochée à une branche....

Maintenant j’ai rejoins enfin ma vraie couchette puisque mon binôme n’est plus malade...

Et je vais profiter des 3h qui me restent pour... dormir !

PS: à priori, je peux vous écrire mais je ne reçois plus rien. Triste !!! Bises.

 

J’ai super bien dormi... ça va beaucoup mieux !

On essaie de se motiver. On est dernier, loin derrière, pas facile !

Nos petits camarades de quart ont décidé d’enchaîner les virements. A chaque fois, il faut descendre de la couchette, régler l’inclinaison, regrimper dedans et régler la toile antiroulis. Sinon, on est jeté par terre.

Dehors il pleut. Dans 2h30, nous repartirons pour 6h de quart de nuit : 8h00/2h00. C’est pour moi le plus dur. Et je fais partie des barreurs, ce qui m’évite de passer les 6h00 perchée au vent !

Chaque manœuvre est finalement la bienvenue malgré la nuit, les vagues et la peur de tomber à l’eau. Dans la fatigue, on commet des erreurs. Je me suis retrouvée non attachée au bateau, ayant croché les 3 mousquetons sur la ligne de vie. Est comme cela que lors de la dernière course, une jeune fille de 30 ans  s’est noyée ?

Je suis maintenant aussi équipière d’avant. Ça vous donne le droit d’aller vous faire mouiller par les vagues lors des changements de voile d’avant. En équilibre sur le pont, accrochée à un yankee qu’on affale et qui refuse de descendre... ensuite il faut ramper en cramponnant la voile mouillée qui fait 100 kg et revenir vers l’arrière pour la plier. Puis il faut la remettre à l’intérieur. Au près, nous ne pouvons plus sortir les voiles directement par le panneau de pont devant, à cause des vagues qui balaient le pont. Alors on les rentre et sort de la soute en passant par le "galley", puis par la descente. Cela occupe 4 à 5 personnes pendant 15 mn. Ensuite il faut les traîner sur le pont jusqu’à l’avant. La plus légère fait environ 100 kg !

Quand on n’est pas trempés par la sueur, ce sont les paquets de mer ! On est rarement au sec !

Au fur et à mesure les caractères se dessinent. Il y a ceux qui se planquent plus ou moins au moment des manœuvres, ceux qui font semblant de mouliner...

Et puis il y a les autres : on essaie de veiller les uns sur les autres, surtout de nuit. Vérifier que l’autre est accroché, qu’il n’a pas le pied pris dans un cordage, qu’il a compris son rôle dans la manœuvre.

Les filles ont maintenant, à part la planquée (si, nous en avons une !) une jolie collection de bleus sur les jambes et les bras. Ça va pas être facile en maillot de bain au retour !

 

Belle journée de navigation, j’en ai profité pour faire quelques photos !

Ce matin, on avait 35/30 nœuds, c’était top. Ce soir, on a 5/6 nœuds de vent et on n’avance plus !

On sait seulement que Dare to lead et Liverpool sont derrière. On ne voit plus les autres sur l’AIS. Trop loin !

On n’a pris que des mauvaises options. Le problème est que Nikki ne consulte personne, sauf quand on est face à la catastrophe. Ce qui est la cas. Les poissons volants nous accompagnent et cette nuit un dauphin nous a accompagné en poussant de petits cris.

Ce soir, on a expérimenté les rations lyophilisées. Plutôt bon ! Et on rêve de Mojito en passant devant la Jamaïque.

A suivre…

1280

960

768

667

440

375

320