Club allié au Yacht Club de France

Le couteau entre les dents...

Une deauvillaise autour du monde

Dominique Weber

La Clipper Race Round the World en détails :

www.clipperroundtheworld.com

5 mai 2018

Mer 4

Vie à bord : pas facile tous les jours... Le pire est probablement le manque de sommeil.

Quant à la douche, on n’a pas forcément l’impression d’être propre avec des lingettes tout le temps. Trouvant que parfois l’odeur dominante de la zone de repos est ... l’odeur des pieds et ayant peur de participer à ce fait. J’ai décidé de me laver les pieds avec une demie gourde d’eau douce que j’emporte discrètement aux toilettes prétextant me laver les dents. Ensuite il faut se tenir en équilibre sur un pied au dessus des toilettes par 45 degrés dans une lessiveuse. Je crains de finir avec une fracture ! Je crois que je vais limiter mes ablutions !

On est à fond dans la course et ça se bat beaucoup entre nos 4 bateaux de tête. En croisière, on cherche à éviter les dépressions, ici on les traque pour avoir le plus de vent possible.

La vie s’écoule entre la gestion de la course et les corvées journalières : nettoyer les fonds (avec pour résultats de nombreux bleus), corvée de chiottes (5 fois par jour - on a des brosses à dents pour !), compactage des déchets (on ne jette rien en mer à part les épluchures de légumes - une prochaine odeur pour les jours chauds ?), cuisine (recettes à base de fayots - grâce à la perfide  Albion), passer toutes les lignées à l’anti-bactérien (2 fois par jour), vérifier tout sur le pont. Réparer tout ce qui casse. Y’en a…

Mais nous avons tous les midis un moment de 30 minutes où les deux quarts sont ensemble. Sinon on ne fait que se croiser. C’est notre "Happy Hour".

Pas de conso supplémentaire gratuite. L’alcool est interdit. Donc de l’eau ou du Tang. Si, si, cette boisson des années 70 propre à vous trouer l’estomac existe toujours outre Manche.

Chacun à tour de rôle (un par jour) doit faire un cadeau pour ces petits camarades. Hier nous avons eu droit à un élastique de sport. Il est vrai que lorsque je dois border sur les moulins à café, je regrette de ne pas avoir soulevé plus de fonte à la salle de gym. Parti comme c’est, je devrais revenir avec les pectoraux de Schwarzenegger !

Un autre jour, c’était des chocolats. Top ! Ce midi, une lecture de poèmes. C'est un moment très convivial et sympa.

Et puis... grappiller quelques moments de sommeil pour lire et écrire à la famille et aux amis.

Je vous quitte, il est 16 h et il me reste 3 heures sur mes 6 heures de repos. Je vais essayer de dormir.

P.S. : pas de photos ni de pièces attachées dans vos mails, ils ne passent pas par la liaison satellite.

 

10 mai 2018

Mer 5

Impossible d’écrire hier. Trop H.S. Je n’avais pas réussi à dormir dans mon premier lot de 2 heures et ensuite, une des filles a fait un cauchemar et crié "homme à la mer".

Ça réveille plus vite que n’importe quoi ! Grosse agitation dans le bateau avant de découvrir en montant sur le pont que seul l’intérieur était sous pression.

Les quarts suivants ont été très durs. On s’est fait passé par Qindao dans la nuit car nous n’avons pas été bons à la barre. Nous sommes maintenant dans le sprint au large du Mexique et le soleil brille. Le vent est avec nous et nous essayons de garder cette veine de vent le plus longtemps possible. Nous ne sommes pas certains d’aller chercher la "scoring gate". J’ai rejoint l’équipe tactique. Les trous sans vent devant nous sont nombreux... pas facile.

Mais revenons à la vie à bord.

La première chose à faire en se levant, c’est d’enfiler les genouillères. A vrai dire, une tenue complète de hockey serait la plus appropriée.  Je ne compte plus mes bleus. Puis il faut sauter dans les vêtements, le ciré de haute mer (si dur à enfiler), les bottes,le gilet de sauvetage et se jeter sur le pont. Prendre son poste : barre, réglage de l’écoute de spi, moulin à café, surveillance du spi à l’avant pour éviter 2 jours de réparation ( la machine remarche !), "spotter", faire la navigation. Changement toutes les 30 mn sauf la barre, réservée à quelques uns ou unes. Le tout pendant 4 h la nuit et 6 h le jour.

Ensuite gérer les manœuvres : 5 empannages et un changement de spi sur notre dernier quart avec le stress des ordres criés dans la nuit dans un anglais pas toujours compréhensible. La peur de passer à l’eau, de faire une fausse manœuvre, déchirer le spi.

Mais aussi la beauté des nuits étoilées depuis 2 nuits, l’ambiance du bord, les parties de rire...

Une belle tranche de vie !

 

Mer 6

Le soleil est avec nous.

Cette nuit fût dure. On a foiré un empannage et perdu 5 miles sur Dare to Lead. On a donc plié l’ocean Sprint. Il faisait nuit, nous n’avons pas le droit d’allumer nos lampes sur le pont. L’écoute de spi est partie sous le bateau, on avait des claques à 25 nœuds. Puis l’amure s’est ouverte. Cris dans la nuit et 20 mn pour retrouver une position plus sûre.

Les vagues nous déposent des petites seiches sur le pont. Le trimmer s’en est pris une en plein visage cette nuit, on ne sait pas lequel a été le plus surpris !

Le vent baisse : 15 nœuds et nous hésitons toujours sur notre tactique vers la "scoring gate".

L’organisme commence à se faire à nos moments de repos erratiques. La température remonte et les nuits sont moins pénibles, surtout le quart de minuit à 4 heures.

Il est vrai que physiquement, c’est dur... mais le moral reste bon dans les troupes,la mer est belle, une jolie houle d’1,50 m nous accompagne. Les dauphins aussi mais surtout la nuit. On aimerai les voir de jour.

Les jours passent vite, pas le temps de lire. Nous essayons de profiter du moindre moment de sommeil. Pas toujours facile avec le bruit des winches et moulins à café au dessus de nos couchettes. Et puis quelques erreurs de barre nous envoient au tapis et menacent de nous faire tomber hors de nos couchettes malgré les toiles anti-roulis.

J’ai 3 heures pour me laver et dormir... j’y retourne.

 

Mer 6 bis

Ça y est... on commence à avoir sérieusement chaud dans la journée. Et nous ne sommes qu’au bout de la basse Californie ! Cela ne va pas tarder à être intenable. Et sans douche...

le vent est nettement tombé. Nous avons eu un point au sprint, on vise la "scorring gate" même si Qindao est assez loin devant.

On en profite pour remettre les voiles en état. Dedans il fait chaud et dehors on cuit sous le soleil.

Nos "happy hours" ont repris et animent la vie du bord. Reste le manque de sommeil, même si j’essaie de profiter de chaque moment hors quart.

Après 10 jours de mer, les caractères se dévoilent et la promiscuité les exacerbent.

Nous avons toujours Dare to Lead en visuel derrière nous et nous passons notre temps à régler pour gagner quelques mètres. Le tension est au maximum et se reporte souvent sur le barreur...

 

Mer 7

Aujourd’hui je suis de cuisine. Je suis debout depuis 4 h du matin. Il est  16 h 30 et je me coucherai vers 22 h 30. J’aurai donc droit à une douche et de dormir jusqu’à 7 h 00.

Cette nuit avec le système des quarts, j’ai dormi 2 h 00.

On fonce autant que possible vers la fameuse "scoring gate". Qindao est toujours devant et même si on le rattrape, ils arriveront avant nous.

Mais nous espérons récupérer 2 points. Ils reste 60 miles. Les changements de spi s’enchaînent de jour comme de nuit. L’équipage est crevé, le skipper aussi.

On change de poste toutes les 30 minutes pour être certains de garder notre concentration au maximum.

 

Mer 7 bis

Là j’ai 2 h de sieste car nous avons bien géré notre cuisine. Le dîner est presque prêt et le pain est au four.

Finalement, compte tenu de la chaleur écrasante, on est mieux en cuisine dans la lessiveuse que dehors. Le bateau commence à se tremper de sueur... pas toujours agréable. Quant au shampoing, on n’y pense plus et l’avantage avec les cheveux gras et sales, c’est qu’ils  ne s’emmêlent plus! Une nouvelle découverte pour moi... pas sur qu’une fois rentrée, je prolonge l’expérience.

Nous rêvons de "Mojitos" à Panama tout en faisant des salades de boîtes de conserve. Enfin moi surtout car les anglais continuent à cuisiner des ragoûts et du couscous maison. Une recette inédite d’outre Manche : semoule, pois chiches, raisins. Pas de sauce ! J’ai frôlé l’étouffement. Heureusement que l’eau est à volonté !

God save the Queen !

Il faudrait faire venir un ethnologue à bord, il y a des choses à observer...

Bon je vous quitte, il me reste 1 h 30 et je vais essayer de dormir.

A suivre…

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